La vaccination contre le Covid-19 s’élargit à une nouvelle catégorie de population. Le gouvernement a annoncé, lundi 6 décembre, que les enfants de 5 à 11 ans exposés à des formes graves de Covid-19 pourront être vaccinés à partir du 15 décembre. Mais le Premier ministre, Jean Castex, a ajouté dans la foulée que pour l’ensemble de cette tranche d’âge, « cela pourrait commencer le 20 décembre en centre de vaccination et le 27 décembre en ville, avec les mêmes réseaux que les adultes ». Des annonces qui ont soulevé de nombreuses interrogations chez des internautes de franceinfo. Voici quelques réponses. 

Quelle est la dynamique de l’épidémie au sein de cette catégorie d’âge ?

« On ne peut pas dire qu’il y ait une explosion [de l’épidémie chez les enfants], le mot est trop fort, il y a un taux d’incidence qui est en train d’augmenter », a déclaré le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, sur RTL, mardi. Pourtant, selon les chiffres de Santé publique France, le taux d’incidence chez les moins de 10 ans a été multiplié par 12 en un mois, passant de 45,7 au 3 novembre à  557 au 3 décembre. Pour le reste de la population, sur la même période, le taux d’incidence a été multiplié par six, passant de 68,78 à 414.

Comment le gouvernement justifie-t-il l’ouverture de la vaccination aux « enfants fragiles » ?

L’exécutif se fonde sur la recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS) rendue le 30 novembre. L’instance s’est prononcée en faveur d’une vaccination des « enfants fragiles » : elle la recommande « pour tous ceux qui présentent un risque de faire une forme grave de la maladie et de décéder, et pour ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées ou vulnérables non protégées par la vaccination ».

Jean Castex a pointé, lundi soir, une transmission « fortement accélérée » chez les enfants de moins de 12 ans.

Avant la HAS, l’Académie de médecine, dans un avis rendu le 15 novembre (en PDF), avait également proposé d’ouvrir la vaccination aux moins de 12 ans mais uniquement pour les enfants à risques de forme grave, en raison de comorbidités, ou bien pour ceux qui ont dans leur entourage d’autres personnes fragiles.

Combien de personnes sont concernées ?

Les autorités sanitaires estiment qu’environ 360 000 enfants sont concernés en France par ces différentes pathologies. « Mais il y en a probablement d’autres parce qu’il y a des maladies rares qui n’apparaissent pas dans les études », avait relevé Daniel Floret, pédiatre et vice-président de la commission technique des vaccinations de la HAS.

« Ce sont des enfants qui sont porteurs de maladies chroniques, dont les maladies cardiaques, les malformations cardiaques, les maladies pulmonaires graves, les formes graves d’asthme qui nécessitent un traitement continu, les maladies hépatiques, rénales, et bien sûr les enfants qui sont traités pour cancer, leucémie », a énuméré sur franceinfo Daniel Floret.

Le spécialiste explique que ces enfants souffrant de ces maladies chroniques présentaient « un risque plus élevé de faire une forme grave », soulignant que « la quasi-totalité des enfants qui sont décédés de Covid-19 étaient porteurs de ce type de pathologie »

Les enfants reçoivent-ils les mêmes doses que les adultes ?

Non, le dosage des vaccins anti-Covid pour les enfants est plus faible que celui pour adultes. Il est « trois fois inférieur au dosage utilisé chez les adultes » puisqu’il contient « 10 microgrammes d’antigènes alors que le vaccin qui est utilisé chez l’adulte en contient 30 », a souligné sur franceinfo le pédiatre Daniel Floret.

Pour l’instant, seul le vaccin de Pfizer-BioNTech a obtenu une autorisation de mise sur le marché pour les 5-11 ans. Les doses de ce vaccin seront disponibles dans l’Union européenne dès le 13 décembre, selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

La vaccination pour tous les enfants de 5-11 ans est-elle prévue ?

Avant d’ouvrir la vaccination à l’ensemble des enfants âgés de 5 à 11 ans, le gouvernement attend encore deux avis « importants ». Après avoir reçu un avis favorable du Comité d’orientation pour la stratégie vaccinale, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré que l’exécutif attendait celui de la Haute Autorité de santé et celui du Conseil consultatif national d’éthique. Ce dernier pourrait se prononcer « dans les prochaines semaines », selon Jean Castex.

Toutefois, l’exécutif se tient déjà prêt à vacciner l’ensemble des 5-11 ans. Le Premier ministre a déclaré que le gouvernement projetait l’ouverture de la vaccination contre le Covid-19 à ces enfants « sur la base, évidemment, du volontariat, si possible, avant la fin de l’année ». Pour les centres de vaccination, cela pourrait commencer aux alentours du 20 décembre. Pour la médecine de ville, cela pourrait débuter dès le 27 décembre. « Nous organisons toute la logistique (…) pour pouvoir, le moment venu, commencer sans délai à vacciner les enfants », a insisté Olivier Véran.

Puisque les 5-11 ans développent très peu de formes graves, leur vaccination est-elle utile ?

La question d’élargir la  vaccination à tous les enfants de cette classe d’âge fait débat. Yazdan Yazdanpanah, membre du Conseil scientifique, a souligné devant les sénateurs que « toutes les sociétés savantes n’ont pas la même position sur la question de la vaccination des enfants », rapportait Public Sénat.

En résumé, pour les enfants, le bénéfice individuel est assez mince. On sait qu’en général, ils développent très peu la maladie et encore moins de formes graves, comme l’expliquait franceinfo le 26 novembre. Mais l’épidémiologiste Dominique Costagliola, de l’Inserm, appelle à ne pas minimiser les conséquences du Covid chez les enfants : « 79% des enfants de 5-11 ans hospitalisés n’ont aucun facteur de comorbidité », a-t-elle déclaré dans « Télématin », sur France 2, mardi.

En revanche, la vaccination des enfants présente un avantage intéressant au niveau collectif. Dans la mesure où la progression de la vaccination stagne chez les adultes (quelque 6 millions de Français qui n’ont reçu aucune dose), protéger les 5-11 ans (qui représentent plus de 5 millions de personnes) permettrait d’augmenter le taux de couverture vaccinale, et donc de réduire au maximum la circulation virale. « Même si seulement 30% d’entre eux [des 5-11 ans] sont vaccinés, et surtout dans les pays où il y a eu beaucoup de vaccinations chez les adultes, cela va contribuer à faire diminuer le taux de reproduction du Sars-CoV-2″, a fait valoir Dominique Costagliola.

« Les autres enfants [ceux qui n’ont pas de fragilités], on va leur imposer des mesures, mais tout ça pour protéger les adultes qui ne veulent pas se faire vacciner. C’est un peu agaçant », a réagi sur franceinfo le professeur Jean-Paul Stahl, infectiologue, professeur émérite de maladies infectieuses au CHU de Grenoble.

Existe-t-il des études dans les pays qui ont déjà commencé à vacciner les enfants ?

Seuls quelques pays ont ouvert la vaccination contre le Covid-19 aux enfants de 5 à 11 ans. Les Etats-Unis ont autorisé, le 29 octobre, le vaccin contre le Covid-19 de Pfizer-BioNTech pour cette tranche d’âge, ce qui représente au total 28 millions de personnes. « Aucun signal n’est apparu aux États-Unis sur plus de 4 millions d’écoliers vaccinés, mais on manque de recul », a commenté l’épidémiologiste Dominique Costagliola, de l’Inserm, lors d’une audition au Sénat, rapportée par Le Journal du Dimanche.

De son côté, Israël – l’un des premiers pays à lancer en décembre 2020 une vaste campagne vaccinale contre le Covid-19 – a donné son feu vert, le 14 novembre, à la vaccination des enfants de 5 à 11 ans avec le vaccin développé par Pfizer-BioNTech.

Selon les données du laboratoire, les effets du vaccin chez les enfants sont similaires à ceux constatés chez les adultes. Ils sont « comparables », remarquent dans un communiqué commun les sociétés savantes françaises de pédiatrie (SFP) et de pathologie infectieuse (Spilf).

Comme l’a détaillé franceinfo, l’immunogénicité, c’est-à-dire la capacité du vaccin à entraîner une réaction immunitaire, est similaire. Le taux d’anticorps était, en moyenne, de 1 197 chez les 5-11 ans et de 1 148 chez les 16-25 ans. L’efficacité du vaccin sur les formes symptomatiques de la maladie est de 90,7%. Trois cas de Covid-19 sont survenus dans le groupe vacciné (sur 1 305 enfants évalués) contre 16 dans le groupe placebo (sur 663 enfants évalués). Là encore, cette proportion est semblable à celle constatée chez l’adulte. Même constat pour la tolérance du vaccin par les enfants : les effets indésirables les plus fréquents (douleurs au point d’injection, rougeur, fièvre…) étaient comparables à ceux observés chez l’adulte.

>> VRAI OU FAKE. Vaccin contre le Covid-19 : Pfizer reconnaît-il qu’il faudra cinq ans pour connaître les risques chez les jeunes enfants ?

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