Avez-vous déjà vu de la poussière d’étoile ? La 32e édition des « Nuits des étoiles » se déroule les 5, 6 et 7 août. L’occasion d’observer les astres à l’œil nu, avec des jumelles ou même à l’aide d’un télescope. Mais aucun ne sera aussi précis que télescope spatial James Webb (JWST), le plus puissant du monde, qui permet d’observer l’espace avec une multitude des détails. Une de ses dernières images, publiée mardi 2 août par la Nasa, permet de distinguer la poussière d’astres et les zones de formation d’étoiles dans la galaxie de la Roue de chariot.

Le télescope James Webb, fruit de la collaboration entre les agences spatiales américaine, européenne et canadienne, doit permettre de voir plus loin dans l’espace. Et donc de remonter plus loin dans le passé pour espérer comprendre la formation de l’Univers. La comparaison avec son prédécesseur, le télescope Hubble, qui avait déjà réalisé des clichés similaires, permet d’apprécier ce bond technologique. Franceinfo a demandé à l’astrophysicien Eric Lagadec, spécialiste de poussière d’étoiles et président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique, de comparer les clichés de James Webb et de Hubble.

La galaxie de la Roue de chariot

La galaxie de la Roue de chariot se trouve à 500 millions d’années-lumière de la Terre. Les deux télescopes spatiaux ont pu l’immortaliser, mais le cliché pris par James Webb fait apparaître beaucoup plus de détails que celui de Hubble.

Sur l’image fournie par Hubble en 2010, on devinait sans les voir précisément, dans les zones noires à l’intérieur du grand cercle bleu, de la poussière, résultat d’une collision entre la galaxie de la Roue du chariot et une autre galaxie. « La compression de la poussière et du gaz entraîne la formation de nouvelles étoiles », explique Eric Lagadec.

Image de la galaxie de la Roue de chariot obtenue grâce au télescope spatial Hubble publiée en 2010.  (ESA / HUBBLE ET NASA)

L’image de James Webb montre beaucoup plus explicitement ces zones denses en gaz et en poussière. « Avec l’infrarouge, on peut maintenant observer la poussière. Parfois, on peut même voir à travers, mais ça dépend des conditions et des caractéristiques de cette poussière », analyse Eric Lagadec. Enfin, du fond presque entièrement noir de l’image de Hubble, on passe à un fond décoré de dizaines de galaxies lointaines, rendues visibles par James Webb.

Image de la galaxie de la Roue de chariot obtenue grâce au télescope spatial James Webb et publiée le 2 août 2022.  (IMAGE: NASA, ESA, CSA, STScI, Webb ERO Production Team)

La nébuleuse planétaire de l’anneau austral

Son nom scientifique est « NGC 3132 », mais elle est plutôt appelée « nébuleuse de l’anneau austral » ou « nébuleuse aux huit éclats ». Ce nuage de gaz en expansion, est situé à une distance d’environ 2 000 années-lumière. C’est donc l’une des nébuleuses planétaires connues les plus proches de la Terre, selon la Nasa.

L’étoile centrale visible au milieu dans l’image de Hubble, publiée en 1998, est en train de mourir. « De ce fait, elle se contracte et se réchauffe. Cela va exciter le gaz tout autour et donner différentes couleurs captées par Hubble », décrit Eric Lagadec.

Image de la nébuleuse planétaire de l’anneau austral (NGC 3132) prise par le télescope Hubble et publiée en 1998.  (THE HUBBLE HERITAGE TEAM (STSCL /AURA / NASA))

Sur l’image de James Webb, les parties rouges et plus éloignées sont en réalité du gaz plus froid, car déjà expulsé par l’étoile, et des poussières. Il est invisible avec Hubble, mais la technologie infrarouge de JWST permet de représenter ce gaz.

Image de la nébuleuse planétaire de l’anneau austral (NGC 3132) prise par le nouveau télescope James Webb et publiée le 12 juillet 2022. (NASA, ESA, CSA, STScI)

La Nébuleuse de la Carène

On croirait apercevoir des montagnes escarpées sur ces images. Il s’agit en réalité d’une extrémité de la Nébuleuse de la Carène. Appelées « falaises cosmiques », ces formes envoûtantes se situent au bord d’une gigantesque cavité gazeuse au sein de NGC 3324, repérée à environ 7 600 années-lumière, apprend-on sur le site internet de James Webb.

Les nuances de jaune et de rouge sur les deux images représentent encore une fois des zones de poussière et de gaz, où se forment les nouvelles étoiles, explique Eric Lagadec.

Image d'une extrémité de la Nébuleuse de la Carène prise par le télescope Hubble publiée en 2008.  (NASA / ESA / THE HUBBLE TEAM HERITAGE)

L’image de James Webb est si précise qu’elle permet d’observer énormément de détails. Les endroits avec plus ou moins de poussières ressortent à l’image, comme les strates d’une montagne. « Cette image est magnifique ! » se réjouit Eric Lagadec, qui admet en avoir fait son fond d’écran de téléphone portable.

Image d'une extrémité de la Nébuleuse de la Carène prise par le nouveau télescope James Webb et publiée le 12 juillet 2022. (NASA, ESA, CSA, STScI)

Le Quintette de Stephan

Le Quintette de Stephan est un groupe de cinq galaxies situé dans la constellation de Pégase. L’interaction entre ces galaxies crée des zones de formation d’étoiles, décrypte Eric Lagadec. « Avec Hubble, on voit plutôt les étoiles et le gaz chaud, avec Webb plutôt la poussière et le gaz froid », décrit l’astrophysicien.

Image du Quintette de Stephan prise par le télescope Hubble et publiée en 2009.  (ESA / HUBBLE)

L’image ci-dessous est la plus grande réalisée à ce jour par James Webb, et couvre environ un cinquième du diamètre de la Lune. Elle contient plus de 150 millions de pixels et est construite à partir de près de 1 000 fichiers d’images distincts, selon le site internet du télescope.

Image du Quintette de Stephan prise par le nouveau télescope James Webb et publiée le 12 juillet 2022.  (NASA, ESA, CSA, STScI)

Ce qui impressionne surtout, c’est la quantité de galaxies visibles dans le lointain. Des quantités d’objets célestes qui restent encore à découvrir.

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