C’est le rendez-vous de la rentrée pour les arts de la scène. Le Festival d’Automne à Paris a débuté mercredi 1er septembre et dure jusqu’au 18 février.

En ouverture de cette cinquantième édition, le festival s’est associé à l’Opéra Garnier à Paris pour présenter « Seven Deaths of Maria Callas » [Les sept morts de Maria Callas]. Cet opéra-spectacle mêle art lyrique, vidéo et performance. Il a été imaginé par l’artiste inclassable Marina Abramovic, qui voue un véritable culte à la Diva disparue en 1977 à Paris.  

Elle est restée assise, silencieuse, pendant 700 heures devant les visiteurs du Museum of Modern Art à New-York où elle s’est lacérée au nom de l’art. L’artiste peintre serbe a donné naissance à des œuvres où elle exorcise ses chagrins d’amour. 

À 75 ans, elle déclare sa sororité avec Maria Callas, dans un spectacle où elle interprète la cantatrice, dans sa chambre du 36 avenue Georges Mandel à Paris, allongée dans le lit de mort de la diva qui a déchaîné la passion après-guerre.

Le spectacle est baptisé « Seven Deaths of Maria Callas » car sur scène, sept sopranes viennent interpréter les grands airs de sept opéras joués par Maria Callas, dans lesquels les personnages féminins meurent à la fin : Traviata, Tosca, Othello, Carmen, Lucia di Lamermmor, Madame Butterfly et Norma. 

Quand j’avais 14 ans, j’étais assise dans la cuisine de ma grand-mère à Belgrade en ex-Yougoslavie. On avait un vieux poste de radio en bakélite. Et un jour, la voix de Callas en est sortie. Je me revois au milieu de la cuisine, en pleurs. Quand le speaker a dit ‘c’était Maria Callas’, j’ai tout voulu connaître d’elle.

Marina Abramovic

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L’artiste performeuse s’est trouvée de nombreux points communs avec la diva.   « D’abord, nous sommes toutes les deux Sagittaires, on a eu des mères épouvantables, on a travaillé très dur pour y arriver. Mais la connexion la plus intéressante entre elle et moi, c’est ce mélange de force et de fragilité ». « Enfin, ce qui me connecte le plus à elle, c’est qu’elle est morte le cœur brisé, mais moi le travail m’a sauvée, pas elle », ajoute Marina Abramovic.

En contrepoint de ces airs chantés sur scène, il y a la vidéo, un art que maîtrise parfaitement la performeuse. Les images au ralenti seront projetées en fond de scène. Elle y donne sa version des grands rôles de Maria Callas avec la complicité de Willem Dafoe, qui interprète les personnages masculins de ces grands opéras. 

Dans l’une des vidéos, Marina Abramovic tombe d’un immeuble de Manhattan avant de s’échouer sur une voiture. Elle est Desdémone dans Othello, étouffée par un serpent. Dans une autre, on la voit en Carmen qui porte le costume de torero avant d’être poignardée. Une façon très personnelle et très actuelle d’interroger le statut de diva. 

L’image de la diva est toujours très critiquée. J’ai toujours trouvé étrange que lorsqu’une femme belle, qui a du succès, qui est plus grande que la vie, soit autant critiquée, comme quelque chose d’interdit dans nos sociétés. Et maintenant que nous sommes plus fortes, les hommes ont peur de nous

Marina Abramovic

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La mort occupe une place importante dans ce spectacle. Et de manière plus subtile, il est question d’immortalité. Celle de Maria Callas, une artiste hors norme, dont la voix a survécu à sa tragédie personnelle.

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