Julie Gayet est actrice, productrice de cinéma et réalisatrice. Son rôle, en 1996, dans Delphine 1, Yvan 0 de Dominique Farrugia a lancé sa carrière. Julie Gayet, c’est un parcours avec de multiples casquettes, dont celle de membre fondateur du festival Sœurs Jumelles de Rochefort, qui ouvre ses portes mercredi 22 juin et jusqu’au 25.

franceinfo : Ce festival dure quatre jours pendant lesquels la musique et l’image sont intimement liées et unies, comme des sœurs jumelles !

Julie Gayet : Oui ! Deux univers qui ne se voient pas suffisamment et qui sont pourtant tout le temps entremêlés. Aujourd’hui, je pense que même les musiciens réfléchissent en images. Maintenant, il y a une multitude de nouvelles images. Le jeu vidéo, on l’a bien vu, est devenu une industrie énorme. Il sera présent au festival, comme le clip, la pub, le cinéma évidemment, l’animation documentaire.

« Ce festival Sœurs Jumelles, c’est l’idée que toutes les images viennent parler à la musique ou se retrouver avec la musique. »

Julie Gayet

à franceinfo

Ce qui est fort avec ce festival, c’est que non seulement vous vous tournez vers les professionnels parce que le but du jeu, c’est quand même de réussir à faire en sorte que plusieurs corps de métier puissent se mettre ensemble, mais aussi de s’ouvrir à un public populaire et lui apporter des choses.

Oui, c’est-à-dire que c’est assez transversal, il faut que ce soit tout public. On fait venir IAM avec Akhenaton qui va faire une master class avec Bruno Coulais pour un spectacle vraiment unique. J’appelle cela des spectacles parce que ce ne sont pas des concerts, ce sont des créations avec évidemment leurs titres, mais aussi des images d’archives, des choses qu’ils n’ont jamais montré. Ils doivent aussi mettre des images dans leur spectacle et puis le transmettre, le partager au plus grand nombre qui vient y assister, le vivre avec nous.

Vous êtes très sensible à la musique, vous avez commencé avec le chant lyrique à 18 ans. Ensuite, il y a eu ce duo avec Marc Lavoine puis le cinéma. C’est venu parce que vous ne pouviez pas chanter en même temps que vous vous mettiez à pleurer.

Oui, c’était la rencontre de ces deux mondes que j’aime. J’ai commencé par la musique et c’est vrai que je n’avais pas envie de jouer à être triste. Quand on chante, on ne peut pas complètement se mettre à fondre en larmes et j’avais envie d’aller beaucoup plus loin dans l' »être ». Quand j’ai commencé, il y avait quelque chose d’un tout petit peu cloisonné. Quand on faisait du cinéma, on ne faisait pas de la télé, quand on faisait de la télé, on ne faisait pas de théâtre.

« J’adore être dans des univers différents. »

Julie Gayet

à franceinfo

Aujourd’hui, ça a changé, la série a percuté nos industries. J’avais envie d’un événement et je me suis dit : mais la musique, c’est le lien entre tout ça. Il fallait trouver un lieu. Je me suis demandée quelle était la comédie musicale la plus connue. La musique et l’image, c’est Les Demoiselles de Rochefort. C’est Jacques Demy et Michel Legrand. C’est cette rencontre. Donc où ? Le petit port de Rochefort. Et quand ? Le lendemain de la Fête de la musique, puisque c’est musique et images, soit le 22 juin.

C’est un clin d’œil, effectivement, à Michel Legrand, mais aussi à Agnès Varda qui vous fait tourner très vite, vous fait confiance. Elle est toujours présente ?

Agnès, elle était dans le faire, le concret, dans cette envie de rencontre. Elle était féministe et je me suis dit : l’année dernière, on avait fait un hommage Demy-Legrand, cette année, ça va être Varda-Bruzdowicz et ce sera un hommage à : L’une chante, l’autre pas (1977). Un film paritaire sur les femmes et pour aller encore plus loin, je me suis dit : pourquoi on n’ouvrirait pas le 22 juin avec toutes les associations de femmes dans la musique et l’image ? Et on va faire un peu un état des lieux de ce qui se passe aujourd’hui sur les femmes dans nos industries.

Vous avez toujours été très engagée dans la cause du droit des femmes en dénonçant les inégalités femmes-hommes que l’industrie du cinéma laisse subsister d’ailleurs. Et en 2019, vous avez coproduit le documentaire de Géraldine MailletLe moment de briller. Les Bleues en route vers le Mondial en suivant cinq joueuses préparant la compétition.

Je n’en ai pas fini avec le foot car on a produit un nouveau documentaire, mais là, c’est sur le concours d’éloquence dans la D1 féminine. C’est toutes ensemble que le futur sera, donc cette sororité dont on parle, cette solidarité, elle est en train d’arriver. J’ai vraiment la sensation qu’on est dans une nouvelle ère pour les femmes. Et d’ailleurs, on a appelé ça Toutes à l’unisson, toutes unies, à l’unisson avec l’idée de la musique, ce 22 juin à Rochefort. L’idée étant d’avoir des images d’archives, toujours, de toutes ces femmes qui nous ont fait avancer. On voit Delphine Seyrig, Gisèle Halimi, on voit beaucoup de femmes qui nous ont permis d’arriver là où on en est ! Il y a, aussi, un bel hommage à Anne Sylvestre, rendu par Jeanne Cherhal.

Ça veut dire que ça a changé ?

Sur la place des femmes, en tout cas, il y a une prise de conscience, une envie, une force comme ça, qui est là et qui ne diminue pas, même si malheureusement cette pandémie mondiale a fait un peu reculer certaines choses. On parlait du foot, la Coupe du monde féminine avait changé le regard, on commençait à les connaître et puis il y a moins d’argent, très bizarrement. 

Quand on parle de vous, on pense à votre sourire. Il est toujours là. Ça veut dire que ça vous protège aussi ?

Oui, je crois. Et c’est peut-être une propension transmise dans ma famille, à la joie, même dans la douleur, comme dirait Françoise Héritier. J’essaie toujours de me dire : Sept fois à terre, huit fois debout, un film que j’ai produit. De rebondir, de prendre les choses avec le sourire.  

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