Alors que l’Inde vient de se poser sur la Lune et que le Japon vogue vers elle, la mission Artemis qui devait envoyer des humains en orbite autour de la Lune en 2024, prend du retard : Artemis II n’aura lieu qu’en 2025, ce qui devrait décaler d’autant le retour de l’humain à la surface de la Lune en 2026, sinon plus.

Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloon, revient aujourd’hui sur la suite de la mission Artemis vers la Lune, dont on a suivie la première étape l’année dernière, une première étape sans équipage.

franceinfo : Un vol doit avoir lieu en 2024, avec des astronautes cette fois. Tout se passe bien ? 

Mathilde Fontez : Oui, c’était il y a un peu moins d’un an : la grosse fusée de la NASA, la SLS, s’est envolée sans problème. La capsule Orion, qui devra par la suite transporter les astronautes, s’est détachée sans souci. Et elle a fait un tour autour de la Lune, avant de revenir sur Terre, 25 jours plus tard. Un bilan positif pour cette première étape donc.

De quoi lancer la suite : la mission Artemis II, en 2024, avec un équipage cette fois, qui fera le tour de la Lune. Et surtout, la mission Artemis III, en 2025, qui a pour but de poser des astronautes à la surface de notre satellite. 56 ans après Apollo 11, Neil Armstrong et Buzz Aldrin. Alors oui, les préparatifs sont en cours, mais depuis quelques semaines, on commence à craindre un retard de la mission. 

La NASA a annoncé un décalage des dates de lancement ? 

Pas encore, mais elle prépare le terrain. Il y a d’abord eu une conférence de presse, le 8 août, où Jim Free, administrateur associé de la NASA a admis des craintes : il n’a pas annoncé de retard, mais il a laissé entendre qu’Artemis III pourrait changer d’objectif : peut-être que cette mission de 2025 ne sera pas celle du grand retour de l’humain sur la Lune. 

Et cette inquiétude ressort cette semaine dans un rapport publié par le GAO, le Government Accountability Office : c’est l’Organisme d’évaluation du Congrès américain, qui pointe lui aussi les retards. Les responsables de la NASA ont été auditionnés, et ils se sont reconnus préoccupés.

À quoi sont dus ces retards ? 

Il y a l’échec de la fusée Starship de Space X, qui rend tout le monde nerveux. La mission Artemis III a besoin de cette fusée, c’est elle qui doit envoyer, dans l’espace, le vaisseau qui posera les astronautes sur la Lune. Elle a décollé pour un premier essai le 20 avril dernier, mais elle a explosé quelques minutes après. La semaine dernière, Elon Musk a publié sur X (l’ancien Twitter), des vidéos de la fusée sur son pas de tir, il annonce être prêt pour un deuxième essai, mais l’Administration fédérale de l’aviation, n’a pas encore donné son feu vert. 

Et Space X n’a pas encore livré non plus le vaisseau d’atterrissage sur la Lune, dont la fabrication semble être en retard elle aussi. Une visite de l’usine par des équipes de la NASA a eu lieu cet été, et ce qui en est sorti, ce sont, là encore des inquiétudes. Sans compter la combinaison spatiale –essentielle à la mission sur la Lune – les astronautes ne pourront pas utiliser les combinaisons actuelles. Sa conception n’a été confiée à une entreprise privée, Axiom Space, que très tardivement. Le premier concept n’a été présenté qu’en mars dernier.

Il faut s’attendre à un départ en 2026 au lieu de 2025 ?  

2026 au moins. Les analystes commencent à craindre un report plus grand, de plusieurs années. Cela dépendra aussi des choix du Congrès. Dans le rapport publié la semaine dernière, le GAO pointe une dérive des coûts de la mission. La NASA a déjà dépensé 11,8 milliards de dollars. Une rallonge de 11,2 milliards a été demandée pour la période 2024-2028, mais selon le rapport, cela sera loin de suffire. 

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