Camille Pissarro (1830-1903) n’est pas le plus connu des impressionnistes et pourtant, l’artiste a joué un rôle essentiel dans ce courant. C’est ce que met en lumière le Kunstmuseum Basel, à Bâle en Suisse, à travers une rétrospective intitulée L’Atelier moderne proposée jusqu’au 23 janvier prochain. 

Affiche d'exposition. (Kunstmuseum Basel)

Environ 180 œuvres de Pissarro sont exposées dans un parcours chronologique qui se concentre aussi sur sa collaboration avec des artistes contemporains dont Pissarro fut tour à tour l’ami et le mentor, tels que Paul Cézanne, Claude Monet, Paul Gauguin, Edgar Degas, Mary Cassatt et d’autres. Et si le nom de Pissarro est peut-être moins connu aujourd’hui du grand public, l’homme n’en reste pas moins un pivot, voire le pilier du mouvement impressionniste. Ce que confirme Josef Helfenstein, le commissaire de cette exposition bâloise.

Je crois qu’il se sous-estimait en tant que moteur du mouvement alors que c’est lui qui a tenu ensemble le groupe

Josef Helfenstein

commissaire d’exposition

Et d’ajouter : « C’est le seul qui a participé aux huit expositions des impressionnistes. C’est aussi lui qui a fait entrer de nouveaux artistes comme Paul Cézanne. » 

C’est une véritable amitié qui lia durant vingt ans Pissarro et Cézanne. Les deux hommes partageaient une convergence de visions, chacun reconnaissant l’influence de l’autre tout en gardant leur personnalité. Une amitié qui fut, à lire Pissarro, très féconde : « Parbleu, nous étions toujours ensemble ! Mais ce qu’il y a de certain, chacun gardait la seule chose qui compte : sa sensation ». 

Ce qu’on sait moins et que souligne l’exposition du Kunstmuseum de Bâle, c’est à quel point Camille Pissarro fut un artiste presque avant-gardiste voire anarchiste. Un homme avide de nouvelles expériences, de progrès artistiques.

C’est ce désir qui le poussa à se tourner dans les années 1880 vers une deuxième révolution picturale : le néo-impressionnisme. Un courant basé sur des nouvelles théories scientifiques de la couleur, de l’optique et dont les figures de proue sont Georges Seurat, Paul Signac et Camille Pissarro. Il s’agit de déposer les couleurs pures sur le tableau, sous forme de petites touches au lieu de les mélanger sur une palette ou directement sur le tableau. Le mélange des couleurs s’effectue à distance, dans l’oeil du spectateur.

Dans ce courant, la réflexion était picturale mais s’attachait aussi à des thèmes plus sociaux et égalitaires. « Ils étaient aussi des anarchistes très ouverts, qui voulaient développer un art égalitaire sans le geste du génie », souligne Josef Helfenstein. Pendant près de cinq ans, Pissarro jouera un rôle actif dans ce courant, peignant l’une de ses oeuvres les plus célèbres, Les Glaneuses (1889). 

Josef Helfenstein, le commissaire d'exposition devant l'un des tableaux les plus célèbres de Camille Pissarro, Les Glaneuses (1889), peint durant son passage chez les néo-impressionnistes.  (B. Stemmer / France Télévisions)

Mais son indépendance d’esprit, son désir de ne pas subir les carcans, quels qu’il soient, le pousse à revenir vers ses premières amours. Il écrira plus tard au sujet de cet art de la division systématique qu’il était dans « l’impossibilité de suivre ses sensations, de donner la vie, le mouvement… Il faut croire que je n’étais pas fait pour cet art qui me donne la sensation du nivellement de la mort ».

Pissarro est d’une importance particulière pour le Kunstmuseum Basel qui possède  huit peintures et de nombreuses œuvres sur papier dans sa collection. Cette rétrospective fait aussi figure d’événement car la dernière exposition consacrée à cet artiste dans un musée suisse remonte à plus de soixante ans.

« Camille Pissarro –  L’Atelier moderne », jusqu’au 23 janvier 2022 au Kunstmuseum de Bâle. Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 10h à 18h et le mercredi de 10h – 20h. Tarifs : 25 € pour les adultes. Entrée gratuite à la collection et aux expositions : tous les mardis, mercredis

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