« Les Etats-Unis ne doivent plus être les gendarmes du monde. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre », a assuré mardi 31 août sur franceinfo Gérard Araud, diplomate, ancien ambassadeur de France à Washington de 2014 à 2019, après l’allocution de Joe Biden sur le départ des derniers soldats américains d’Afghanistan.

franceinfo : Comment avez-vous trouvé le président Joe Biden dans son adresse au peuple américain ?

Gérard Araud : Joe Biden vient de vivre une semaine où tout est allé de mal en pis. Cela arrive à des hommes politiques. Cela n’a cessé d’être une véritable débâcle sous les écrans américains et il lui fallait réagir. Il réagit de la seule manière dont il pouvait réagir, c’est-à-dire en assumant sa décision et en essayant de l’expliquer. Il le fait avec force, mais il le fait en plus en sachant que, quoi que disent les journaux, l’opinion publique américaine en a assez des interventions extérieures et les sondages prouvent que, de nouveau, quel que soit la manière dont l’opération a été faite, les Américains approuvent le retrait.

Joe Biden est donc en accord avec l’opinion américaine, malgré notamment ce dernier attentat et ces 13 soldats américains tués ?

Il est en accord non seulement avec une bonne partie des Américains. Mais finalement, il s’inscrit dans la continuité avec Obama, qui s’était retiré hâtivement d’Irak, ce qui d’ailleurs avait entraîné l’irruption de Daesh. Mais aussi de Trump, qui a toujours dit qu’il voulait retirer les soldats américains et qui avait signé l’accord avec les talibans. Ce sont trois présidents américains à la suite qui conduisent finalement, avec des différences de méthode, la même politique : une politique de retrait relatif des Etats-Unis de la scène du monde.

Faut-il croire Joe Biden quand il dit qu’il va tourner la page d’une certaine manière de faire de la politique étrangère ?

Oui, je le crois. Je serais assez près de dire que ce discours est historique. C’est une manière de le proclamer officiellement. Comme je viens de l’expliquer, cela ne date pas d’hier. On voit bien que Républicains ou Démocrates ont atteint la même conclusion : les Etats-Unis ne doivent plus être les gendarmes du monde. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Depuis 1945, nous avons vécu les Etats-Unis, puissance impériale, puissance missionnaire, répandant la démocratie, avec cette sorte d’exacerbation après l’effondrement du bloc soviétique, qui avait conduit à l’Irak, qui avait conduit à l’Afghanistan. Tout ceci, c’est fini. Les Etats-Unis se sont rendus compte que cela ne conduisait qu’à des échecs coûteux. La leçon est tirée. L’Empire est fatigué. Les légions rentrent au bercail.

A quoi désormais vont ressembler les relations internationales ? A quoi va ressembler la politique internationale des Etats-Unis ?

Le monde va ressembler tout simplement à ce qu’il a toujours été : une jungle. Mais là, il y aura une jungle sans gendarme. Donc le monde, ce sera simplement des rapports de force. Et les Etats-Unis, de leur côté, vont hiérarchiser leurs intérêts. Ils se sont par exemple retirés relativement du Moyen-Orient. Ils n’ont plus de politique active en Afrique. Ils vont se tourner vers ce qui est pour eux essentiel, c’est-à-dire la Chine. Cela va être la politique étrangère américaine. Les Européens n’ont pas à attendre grand-chose des Etats-Unis. Il va falloir que les Européens s’occupent eux-mêmes de leurs propres affaires en Ukraine, en Syrie, en Libye, au Sahel. Notre environnement est en flammes. Et les Américains ne vont pas s’en occuper.

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