Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Lundi 4 mars 2024 : l’auteure, compositrice et interprète Olivia Ruiz. Elle vient de sortir un nouvel album, « La Réplique », et sera en tournée à partir du mois d’avril.

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Olivia Ruiz à Paris le 31 octobre 2023 (LP/OLIVIER ARANDEL / MAXPPP)

Olivia Ruiz est une artiste pluridisciplinaire et libre. Tour à tour auteure, compositrice, interprète, actrice, réalisatrice ou encore romancière, on l’a découverte dans la première saison de l’émission « Star Academy ». C’est son deuxième album La Femme Chocolat, sorti en 2005, qui va la révéler au grand public avec pas moins d’1,2 million d’exemplaires vendus. L’écriture fait partie d’elle avec les chansons, mais aussi avec ses romans La commode aux tiroirs de couleurs (JC Lattès) ou encore Écoute la pluie tomber (JC Lattès). Après sept ans sans nouveaux titres, elle est de retour avec La Réplique, un album de 13 chansons qui parle d’elle, de son regard sur le monde.

franceinfo : La chanson, La Réplique, qui a donné le titre à l’album dit : « Je suis de celles qui nagent à contre-courant, qui refusent le sens du vent« . Est-ce une ode à la liberté ?

Olivia Ruiz : Oui, au fait d’essayer de se ressembler avant tout, plutôt que d’essayer de ressembler à cette image de la femme parfaite qu’on veut bien nous servir. Quand on a 44 ans et qu’on voit de toutes jeunes filles qu’on trouve tellement jolies, j’allais dire, s’abîmer, oui, parce que ce qui pouvait être un outil sympa a des dérives, c’est vrai que ça me touche. Je me dis, ce n’était pas nécessaire de vouloir correspondre à quelque chose qui finalement est tout sauf la réalité et qui justement s’éloigne de la beauté de la réalité.

À chaque fois que vous proposez quelque chose, il y a une dualité. La dualité, c’est d’être libre et en même temps de vivre à deux. Il y a cette émotion et ce besoin de partage, finalement. Vous êtes ainsi.

« Je ne conçois la vie que dans le partage. »

Olivia Ruiz

à franceinfo

L’amitié est vraiment quelque chose qui est nécessaire, par exemple, plus que toute autre forme d’amour. C’est vraiment là que je trouve mon équilibre et que je suis comblée et que je peux aussi combler.

Quand vous êtes arrivée à la « Star Academy », vous étiez déjà totalement différente. Beaucoup se sont dit : « Mais qu’est-ce qu’elle fait là ? »

Oui, mais moi aussi d’ailleurs, je me le suis demandé à un moment !

Pourtant vous êtes devenue un emblème de cette émission.

Je ne sais pas, je n’ai pas encore ce recul, bizarrement. Pourtant ça fait quand même plus de 20 ans. Je commence à peine à me dire que j’étais plus forte que je ne le pensais. Je me vois toujours comme quelqu’un de peureux, qui manque de courage. Et c’est vrai que c’est maintenant que je commence à me dire : j’étais quand même gonflée alors qu’à l’époque je me sentais très fragile.

« Quand je chante ‘La Réplique’, parfois je me dis que c’est un peu de moi, mais c’est surtout celle que j’aspire à être et que je ne fais qu’effleurer, peut-être. »

Olivia Ruiz

à franceinfo

On comprend que La Réplique arrive au bon moment, que cet album est aussi une sorte de « bilan » du regard que vous portez sur le monde. Tu danses est une chanson qui parle des féminicides et rend hommage justement à l’une d’entre elles. C’est important pour vous de vous positionner, de tendre la main ?

Ce ne sont presque pas des choix, ça s’impose en fait. Quand on est une femme et qu’on lit sur les réseaux tout ce qu’on a la chance de pouvoir lire grâce à des femmes qui font un travail d’investigation, comme Andréa Bescond, comme #NousToutes, ça heurte dans la chair. On n’a pas le choix que de parler de ça. J’ai donc envie de rendre hommage et en l’occurrence à Sarah Barukh, qui est une femme qui a échappé à un féminicide et a sauvé son bébé. C’est cette personne qui a eu l’idée du Recueil 125 et de l’association 125 qui va avec pour rendre hommage. Souvent on parle des bourreaux et on oublie un peu les victimes. Grâce à ces entretiens et à ce travail d’enquête qu’elle a effectué pour retrouver les proches des 125 victimes de cette année-là, permet à beaucoup de choses de changer.

Vous chantez en français, en espagnol. Vous avez des grands-parents paternels et maternels qui ont fui le franquisme. C’est ancré en vous ?

Longtemps, je me sentais un peu illégitime. Je me disais : si je fais une énorme faute d’espagnol dans un texte, je vais avoir l’air de rien. Et en fait, aujourd’hui, je me dis : qu’est-ce qui compte pour moi ? C’est de continuer à porter ce devoir de mémoire, à forger une forme de résilience par procuration qu’ils n’ont pas été capables d’achever. Ce qui est important pour moi aujourd’hui, et c’est pour ça que je prends possession de l’espagnol, c’est de rendre hommage à ceux qui m’ont faite par ce biais-là, aux migrants. Depuis, j’ai décidé que la problématique de la gêne et de la peur de faire des fautes n’avait plus lieu d’en être une.

Votre tournée débute le 4 avril prochain. Vous êtes très attendue. Les gens vous attendent depuis sept ans.

Ça, je n’en sais rien. Moi, je m’attends au tournant en tout cas parce que ça va être quelque chose de reprendre l’énergie. Sur toutes les tournées, de toute façon, c’est toujours des moments physiquement très intenses et j’avoue que j’angoisse un peu tout en étant éperdument excitée à l’idée de retrouver les salles obscures dans une énergie différente de Bouches Cousues.

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