Grâce à une étude inédite menée en collaboration avec 50 citoyens, « Complément d’enquête » a pu mettre au jour les circuits opaques de financement du complotisme. Il faut savoir que selon NewsGuard, une entreprise qui évalue la fiabilité des infos circulant sur la Toile, la publicité en ligne pourrait rapporter aux sites de désinformation, au total, plus de 2 milliards d’euros… Géants de la téléphonie mobile, de la grande distribution, de l’industrie automobile… cette investigation révèle le nom des marques qui financent les producteurs de désinformation via leurs publicités en ligne.  

Bouygues Telecom figure ainsi dans le top 5 de ces marques. Durant les sept semaines de l’enquête, son logo a été vu 195 fois sur des sites qui proclament par exemple que « Bill Gates veut mettre en place des micropuces pour lutter contre des maladies comme le coronavirus », ou que « le coronavirus est une arme de guerre américaine pour détruire la Chine ». C’est aussi le seul annonceur qui ait accepté de recevoir les journalistes du magazine… Ils ont obtenu un entretien avec le directeur de la communication du groupe.  

Qu’en pense Tanguy Moillard, qui gère les campagnes publicitaires de l’opérateur téléphonique ? « Totalement au courant qu’il est possible que [leurs] publicités finissent sur des sites de ce type », celui-ci commence par invoquer la difficulté de les identifier. Certains sites mélangent en effet information et désinformation, et « le vrai article va donner une crédibilité au site, et va faire passer les faux derrière… Ce n’est pas toujours si simple que ça ». 

Le directeur de communication de la marque s’engage à « faire le ménage »

Quant à sa place de 4e dans le « top 5 » de « Complément d’enquête », elle s’explique, selon Tanguy Moillard, par le volume total des « impressions » (le terme utilisé pour désigner les affichages publicitaires sur internet, que ce soit sous forme de vidéo, de bandeau, de bannière…) délivrées par la marque. Selon lui, celles qui atterrissent sur des sites complotistes en représenteraient une proportion très faible : « D’après nous, les stats qu’on a, on a probablement, sur le dernier semestre, 1 million d’impressions qui sont faites sur ce type de sites qu’on essaye de fuir. 1 million d’impressions, à l’échelle de ce qu’on délivre, en vrai, c’est tout petit. »  

Bouygues Telecom plaide donc non coupable… Son directeur de la communication s’engage « bien sûr » à « faire le ménage » et à retirer ses budgets publicitaires à ces sites de désinformation, dont il demande la liste. Ce qui semble avoir été fait – mais pas complètement. Trois mois après cette interview, les journalistes ont retrouvé une poignée d’encarts Bouygues Telecom sur un des sites identifiés dans notre enquête

Extrait de « Fake news, la machine à fric », un document à voir dans « Complément d’enquête » le 2 septembre 2021.

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