« Si elles parlent aujourd’hui, c’est parce que le silence est devenu trop lourd », a déclaré vendredi 26 novembre sur franceinfo Virginie Vilar, journaliste à Envoyé Spécial et réalisatrice de l’enquête diffusée jeudi soir dans laquelle plusieurs femmes accusent l’ancien ministre Nicolas Hulot d’agression sexuelle et de viol. Elle dit être en contact avec une dizaine de femme accusant Nicolas Hulot, dont certaines ne se sont pas exprimées dans son documentaire : « L’intervention de Nicolas Hulot sur BFM TV a suscité beaucoup d’émotion chez elles, beaucoup de colère, d’indignation, et ces femmes aujourd’hui réfléchissent à briser ce silence ».

franceinfo : Dans quelles conditions ces femmes ont-elles décidé de témoigner et pourquoi parler aujourd’hui, 20 à 30 ans après les faits qu’elles dénoncent ?

Virginie Vilar : Ça a été très long. C’est une enquête qui a pris quatre ans, parce que c’est un long processus. Elles sont passées par plein d’étapes, elles ont décidé de me parler autour d’un café. Parfois, c’est aussi moi qui suis allée vers elles. Il y a des pas en avant, des pas en arrière, la peur, pour au final arriver à parler comme cela à visage découvert.

Si elles parlent aujourd’hui, c’est parce que le silence est devenu trop lourd, parce qu’elles n’arrivent pas à vivre avec ce qu’elles qualifient de traumatismes.

Virginie Vilar, journaliste à Envoyé Spécial

à franceinfo

Elles parlent parce qu’elles veulent mettre fin à l’impunité, elles parlent pour les autres femmes qui s’expriment aujourd’hui sur d’autres affaires parce qu’elles se sentent investies d’une responsabilité.

Pourquoi aucune de ces femmes n’a porté plainte à l’époque des faits ?

L’une des femmes du reportage affirme avoir été agressée à Moscou. Dans le reportage, je lui pose la question. Elle a une réponse pleine d’ironie, elle me dit « porter plainte à l’époque ? À Moscou ? Contre un ami du président Jacques Chirac ? Contre un animateur star de TF1 ? Vous rigolez ! ».

Avez-vous écarté d’autres témoignages dans votre enquête ?

Ces quatre dernières années, j’ai été en contact avec une dizaine de femmes, vous ne les avez pas toutes vues dans le documentaire car elles ne souhaitaient pas s’exprimer pour l’instant.

Je ne vous cache pas que l’intervention de Nicolas Hulot sur BFM TV a suscité beaucoup d’émotion chez elles, beaucoup de colère, d’indignation, et ces femmes aujourd’hui réfléchissent à briser ce silence.

Virginie Vilar

à franceinfo

Depuis la diffusion, on a reçu des lettres. Nous avons décidé de les publier. L’une d’elle est de Maureen Dor, qui fait partie de la dizaine de femmes avec qui j’ai été en contact. Je l’ai rencontrée à plusieurs reprises et ce qui est très intéressant c’est qu’elle a beaucoup avancé. Quand je l’ai vue, il y a deux ans, elle avait peur de témoigner et aujourd’hui elle publie cette lettre pour s’exprimer, pour soutenir d’autres femmes, c’est très fort.

Vous avez contacté Nicolas Hulot. Il dit qu’il est anéanti et qu’il ne vous répondra pas davantage. Est-ce-que vous entendez cet argument ?

Nous, on a tout fait. Depuis le 9 novembre, on a contacté Nicolas Hulot et ses avocats pour justement entendre sa parole, lui demander sa version des faits qu’il a décidé de ne pas nous donner. Nous lui avons demandé de venir s’expliquer sur les faits. On ne se substitue pas à la justice. Nous sommes journalistes, nous enquêtons et nous confrontons les faits.

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